Le lion est l'un des plus anciens sujets de l'art : on le trouve dans la grotte Chauvet il y a environ 36 000 ans, à Babylone, en Égypte, dans les bestiaires du Moyen Âge, puis chez Rubens, Delacroix ou le Douanier Rousseau. Il y représente le plus souvent la puissance et la royauté, mais son sens change selon l'époque et la culture.
Voici un panorama chronologique, un tableau des œuvres à connaître (artiste, date, lieu de conservation) et quelques clés pour comprendre ce que dit un lion dans un tableau ou une sculpture.
L'essentiel en 30 secondes
- Les lions de la grotte Chauvet (vers 36 000 ans) et l'homme-lion de Hohlenstein-Stadel (vers 40 000 ans) comptent parmi les plus anciennes images de lions connues.
- Dans l'Antiquité, le lion garde les portes et affirme le pouvoir : Babylone, Assyrie, Égypte, Mycènes.
- Au Moyen Âge, il devient un symbole chrétien (bestiaires, saint Jérôme, saint Marc) et une figure de blason.
- De Rubens à Barye, les artistes le mettent en scène : chasses, combats, bronzes, monuments.
- Hors d'Europe, il est gardien et danseur : lions chinois, komainu japonais, chapiteau d'Ashoka en Inde.
Que représente le lion dans l'art ?
Le lion représente d'abord le pouvoir. Sa crinière, sa force et son rugissement en ont fait très tôt l'image des rois et des dieux. Mais les artistes lui ont confié bien d'autres rôles, qui changent selon l'époque et la culture. Le tableau ci-dessous aide à lire un lion : il part de ce que l'on voit et donne la lecture la plus courante.
| Ce que vous voyez | Ce que cela indique souvent | Exemple |
|---|---|---|
| Un lion dressé face à une colonne, ou sur un écu | Puissance royale, blason d'une famille ou d'une ville | La Porte des Lionnes de Mycènes |
| Un lion à l'entrée d'un palais ou d'un temple | Un gardien qui protège le lieu | Le Grand Sphinx de Gizeh, les lions de Babylone |
| Un vieux saint avec une épine dans une patte, ou un lion ailé | Saint Jérôme, ou l'évangéliste saint Marc (et la ville de Venise) | Saint Jérôme dans son cabinet de travail, d'Antonello de Messine |
| Un lion qui dort les yeux ouverts | Une image du Christ dans les bestiaires médiévaux | Le Bestiaire d'Aberdeen |
| Un homme calme entouré de lions | La foi qui protège | Daniel dans la fosse aux lions, de Rubens |
| Un lion qui terrasse un serpent, un cheval ou une proie | Une force qui s'impose, parfois lue comme une allégorie du pouvoir | Lion au serpent, de Barye |
| Un lion blessé ou mourant | La victoire du chasseur chez les Assyriens, ou l'hommage aux morts à Lucerne | Les reliefs d'Assurbanipal, le Monument du Lion |
| Un lion dans un décor de rêve | L'inconscient, l'étrangeté | Henri Rousseau, Salvador Dalí |
Le bon réflexe
Avant de conclure, regardez l'époque, le lieu et les objets autour du lion (livre, épine, écu, couronne). Beaucoup de lions sont aussi purement décoratifs : tout lion n'est pas un symbole.
Pour le sens du lion au-delà de l'art (religions, astrologie, emblèmes), voyez notre article sur les symboles du lion.
Préhistoire : les lions des cavernes
Les premiers lions de l'art ont plus de 30 000 ans. Dans la grotte Chauvet-Pont d'Arc, en Ardèche, le ministère de la Culture compte plus de 400 animaux de 14 espèces, dont des lions, des rhinocéros et des mammouths. Les datations au radiocarbone placent la première occupation de la grotte vers 36 000 ans, à l'Aurignacien. Ces lions sont des lions des cavernes, une espèce aujourd'hui disparue : voyez notre article sur le lion des cavernes d'Eurasie. La grotte originale est fermée au public ; une réplique, la Caverne du Pont d'Arc, se visite.

En Allemagne, l'homme-lion de Hohlenstein-Stadel est une statuette en ivoire de mammouth haute d'environ 31 centimètres, vieille d'environ 40 000 ans. Découverte en morceaux à partir de 1939, elle a été reconstituée à partir de plus de 200 fragments. Elle associe un corps humain à une tête de lion et se trouve au Museum Ulm. Son sens exact reste inconnu.
Antiquité : le lion garde les portes du pouvoir
Dans l'Antiquité, le lion est avant tout un gardien et un emblème royal.
Babylone et l'Assyrie
À Babylone, vers 575 av. J.-C., sous Nabuchodonosor II, la Voie des processions qui mène à la porte d'Ishtar est bordée de lions en briques émaillées, associés à la déesse Ishtar. Une partie de ces reliefs est reconstituée au Pergamonmuseum de Berlin. À Ninive, les reliefs du palais nord d'Assurbanipal, datés d'environ 645-635 av. J.-C., montrent le roi chassant le lion. Ils sont au British Museum, à Londres, et la lionne blessée qui traîne ses pattes arrière y est l'une des images les plus célèbres de l'art assyrien.
Égypte
Le Grand Sphinx de Gizeh, taillé dans le calcaire du plateau vers 2500 av. J.-C., a un corps de lion couché et une tête humaine. Il mesure environ 73 mètres de long pour 20 mètres de haut, et on l'attribue en général au règne de Khéphren. Pour la déesse-lionne Sekhmet et les autres lions égyptiens, voir notre article sur le lion en Égypte.
Grèce
À Mycènes, la Porte des Lionnes (vers 1250 av. J.-C.) est un relief de calcaire au-dessus de l'entrée de la citadelle. Deux lionnes dressées se font face de part et d'autre d'une colonne. Leurs têtes, sculptées à part, ont disparu. C'est le seul grand relief monumental mycénien qui nous soit parvenu.
Moyen Âge : bestiaires, églises et blasons
Au Moyen Âge, le lion est moins un animal observé qu'un symbole à lire. Le Bestiaire d'Aberdeen, un manuscrit enluminé de la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle conservé à l'université d'Aberdeen, lui prête plusieurs traits : il efface ses traces avec sa queue, il dort les yeux ouverts, et la lionne met au monde des petits mort-nés que le père ranime au troisième jour. Le texte y voit une image du Christ et de la Résurrection.
Le lion est aussi l'attribut de plusieurs figures chrétiennes. Saint Jérôme est représenté avec un lion dont il aurait ôté une épine de la patte : dans Saint Jérôme dans son cabinet de travail, d'Antonello de Messine (vers 1475, National Gallery de Londres), on le devine dans la pénombre, à droite. Un lion ailé accompagne l'évangéliste saint Marc et sert d'emblème à Venise. Dans la Bible, Daniel survit à une nuit dans la fosse aux lions.
Le lion s'impose enfin dans les blasons, où le lion dressé est l'une des figures les plus courantes : voyez le lion héraldique. Dans l'Espagne musulmane, le « lion de Monzon » (fin du Xe ou XIe siècle), en alliage de cuivre, est aujourd'hui au département des Arts de l'Islam du Louvre. Sa queue est articulée, et son usage exact reste discuté.
De Rubens à Delacroix : le lion mis en scène
À partir du XVIIe siècle, les peintres et les sculpteurs cherchent à rendre le lion lui-même, souvent dans des scènes violentes ou dramatiques.

Rubens et les chasses au lion
Rubens peint Daniel dans la fosse aux lions (vers 1614-1616, National Gallery of Art, Washington) avec des lions grandeur nature. Dans une lettre, il les décrit comme faits d'après nature, même si l'on a relevé qu'il a pu s'inspirer d'un bronze pour la lionne. Sa Chasse au lion (1621, Alte Pinakothek de Munich) montre deux lions attaqués par des chasseurs à cheval et à pied, sur une toile de près de 3,8 mètres de large.
Stubbs et Delacroix
Le peintre britannique George Stubbs revient pendant des années sur un même sujet : le lion qui attaque un cheval. A Lion Attacking a Horse (1762, Yale Center for British Art) ouvre une série d'environ seize tableaux, selon Yale. Delacroix, lui, peint plusieurs Chasses aux lions, nourries par son voyage au Maroc en 1832. Son esquisse de 1854, au musée d'Orsay, prépare le grand tableau livré en 1855, très abîmé dans un incendie à Bordeaux en 1870.
Barye, Rosa Bonheur et les lions de bronze
Antoine-Louis Barye observait les animaux à la Ménagerie du Jardin des Plantes. Son Lion au serpent a été montré en plâtre au Salon de 1833 ; le bronze, fondu en 1835, est au Louvre. Le musée y voit un chef-d'œuvre de la sculpture romantique, et rappelle qu'on peut aussi le lire comme une métaphore de la prise de pouvoir de Louis-Philippe en 1830. Rosa Bonheur, elle, gardait des lions dans sa ménagerie du château de By, près de Fontainebleau, et sa lionne Fathma figure dans ses tableaux dès 1859.
Des lions de pierre et de bronze dans la ville
À Lucerne, en Suisse, le Monument du Lion, inauguré en 1821, est un lion mourant sculpté dans la falaise d'après un modèle de Bertel Thorvaldsen. Il rend hommage aux gardes suisses tués à Paris le 10 août 1792. À Londres, les quatre lions de bronze de Trafalgar Square, conçus par Edwin Landseer, ont été installés en 1867. Le Lion de Belfort, de Bartholdi, a son propre article : Lion de Belfort : histoire et origine.
Le lion rêvé : de Rousseau aux surréalistes
À la fin du XIXe siècle, le lion quitte la scène de chasse pour entrer dans le rêve. Henri Rousseau, dit le Douanier, montre dans La Bohémienne endormie (1897, MoMA, New York) un lion qui se tient près d'une femme endormie, sous la pleine lune. Dans Le Repas du lion (vers 1907, Metropolitan Museum, New York), il compose une jungle à partir des plantes qu'il étudiait dans les jardins botaniques de Paris, avec des animaux repris de revues et de livres illustrés, selon le musée.
Au XXe siècle, les surréalistes jouent avec les images doubles. Salvador Dalí fait passer une femme endormie à un lion, puis à un cheval, dans Dormeuse, cheval, lion invisibles (1930) : voyez notre article Dalí et le lion. Max Ernst, dans son roman-collage Une semaine de bonté (1934), donne au premier cahier, Dimanche, pour exemple « le Lion de Belfort ».
Aujourd'hui, le lion nourrit aussi le street art, le pop art et l'illustration. Notre sélection TOP 10 : Tableaux Lions en donne un aperçu.
Hors d'Europe : lions gardiens, danseurs et emblèmes
En Inde, le chapiteau aux lions d'Ashoka (Sarnath, vers 250 av. J.-C.) montre quatre lions d'Asie dos à dos, dans un grès poli. Il est exposé au musée archéologique de Sarnath, et sa figure est l'emblème national de l'Inde depuis 1950.
Le lion n'est pas un animal de Chine : il y arrive comme présent diplomatique venu d'Asie centrale. Les historiens ne s'accordent pas sur la naissance de la danse du lion, qu'ils situent entre les époques Han et Tang. Les lions gardiens, en pierre ou en bronze, veillent à l'entrée des temples et des palais : voyez nos lions gardiens chinois. Au Japon, ils prennent la forme des komainu, qui gardent les sanctuaires.
Quelles sont les œuvres de lion les plus célèbres ?
Le tableau suivant réunit des œuvres citées dans cet article, avec leur date et leur lieu de conservation. Les musées modifient leur accrochage ou prêtent leurs pièces : vérifiez sur leur site avant de vous déplacer.
| Œuvre | Artiste ou époque | Date | Où elle est conservée |
|---|---|---|---|
| Lions de la grotte Chauvet | Artistes inconnus | Vers 36 000 ans | Ardèche (grotte fermée ; réplique : Caverne du Pont d'Arc) |
| Homme-lion de Hohlenstein-Stadel | Artiste inconnu | Vers 40 000 ans | Museum Ulm, Allemagne |
| Grand Sphinx de Gizeh | Époque de Khéphren, en général | Vers 2500 av. J.-C. | Gizeh, Égypte (sur place) |
| Porte des Lionnes | Art mycénien | Vers 1250 av. J.-C. | Mycènes, Grèce (sur place) |
| Lions de la Voie des processions | Babylone, Nabuchodonosor II | Vers 575 av. J.-C. | Pergamonmuseum, Berlin (reconstitution), et d'autres musées |
| Chasse au lion, palais nord de Ninive | Assyrie, règne d'Assurbanipal | Vers 645-635 av. J.-C. | British Museum, Londres |
| Lion de Monzon | Espagne musulmane | Fin du Xe ou XIe siècle | Louvre, Paris (Arts de l'Islam) |
| Saint Jérôme dans son cabinet de travail | Antonello de Messine | Vers 1475 | National Gallery, Londres |
| Daniel dans la fosse aux lions | Rubens | Vers 1614-1616 | National Gallery of Art, Washington |
| La Chasse au lion | Rubens | 1621 | Alte Pinakothek, Munich |
| Lion au serpent | Antoine-Louis Barye | Plâtre de 1833, bronze fondu en 1835 | Louvre, Paris |
| Chasse aux lions (esquisse) | Eugène Delacroix | 1854 | Musée d'Orsay, Paris |
| La Bohémienne endormie | Henri Rousseau | 1897 | MoMA, New York |
| Dormeuse, cheval, lion invisibles | Salvador Dalí | 1930 | Centre Pompidou, Paris (bâtiment fermé pour travaux) |
À voir en France : le Lion au serpent de Barye (aile Richelieu) et le lion de Monzon au Louvre, l'esquisse de Delacroix au musée d'Orsay, le Lion de Bartholdi à Belfort. Le Centre Pompidou, qui conserve le tableau de Dalí, est fermé pour travaux : consultez son site pour savoir où sont présentées ses collections.
Comment faire entrer le lion dans votre décoration ?
Si ces œuvres vous inspirent, un tableau de lion est une façon simple de les prolonger chez vous. Les styles les plus courants sont le pop art, le street art et le noir et blanc. Pour choisir, regardez la taille de la pièce, la couleur des murs et le nombre de panneaux. Notre guide TOP 10 : Tableaux Lions compare les modèles, et la collection Tableaux Lion les réunit.
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Questions fréquentes
Quelle est la symbolique du lion ?
Dans la plupart des cultures, le lion symbolise la puissance, le courage et la royauté. Selon le contexte, il peut aussi représenter un gardien, le Christ ou un saint dans l'art chrétien, ou une menace à vaincre. Ce sont des symboles culturels, pas des faits scientifiques.
Comment dit-on « lion » en grec ancien ?
En grec ancien, le lion se dit λέων (léôn) et la lionne λέαινα (léaina). Le mot latin leo, d'où vient le français « lion », est emprunté au grec.
Quels sont les lions les plus connus ?
Dans l'art et les monuments, on cite le Grand Sphinx de Gizeh, la Porte des Lionnes de Mycènes, le Lion au serpent de Barye, le Monument du Lion de Lucerne, les lions de Trafalgar Square et le Lion de Belfort. Dans la fiction, le plus connu est Simba, du Roi Lion.
Est-ce que le lion de l'Atlas existe encore ?
Plus à l'état sauvage : le dernier lion sauvage abattu au Maroc date de 1942. Il reste des lions captifs issus de la collection royale marocaine, mais leur ascendance n'est pas confirmée par l'ADN. Sa disparition tient surtout à la chasse et à la perte de son habitat.
Le Lion au serpent de Barye existe-t-il en plusieurs exemplaires ?
Oui. Le bronze du Louvre est une pièce de musée, fondue en 1835. Barye a aussi fait diffuser des réductions en bronze, ce qui explique que des exemplaires circulent sur le marché de l'art. Leur valeur dépend de la fonte, de l'époque et de l'état : demandez l'avis d'un expert avant tout achat.
Nos sources
- Musée du Louvre, parcours « À la découverte de l'aile Richelieu » : Le lion et le serpent (Barye)
- British Museum, relief de la chasse au lion d'Assurbanipal, palais nord de Ninive (1856,0909.16)
- Université d'Aberdeen, Bestiaire d'Aberdeen (MS 24), folios 7r et 7v
- Ministère de la Culture, fiche sur la grotte Chauvet-Pont d'Arc
- Musée d'Orsay, notice Chasse aux lions (esquisse), Eugène Delacroix




