Le ratel est un petit carnivore africain de 5 à 16 kg, réputé pour tenir tête à des animaux bien plus gros que lui, lions compris. En réalité, un lion peut tuer un ratel, mais l'affrontement est risqué et souvent peu intéressant pour lui : la peau lâche et épaisse du ratel, ses griffes et sa combativité découragent beaucoup d'adversaires.
Voici qui est le ratel, ce que montrent les études et les vidéos de ses rencontres avec les lions, pourquoi un lion évite souvent le combat, et ce qui relève de la légende : l'invincibilité, l'immunité totale, l'attaque des testicules.
L'essentiel en 30 secondes
- Le ratel est un petit mustélidé de 5 à 16 kg environ, qui vit en Afrique et dans une partie de l'Asie ; ce n'est pas un blaireau.
- Sa peau, épaisse et très lâche, lui permet de se retourner pour mordre l'animal qui le tient.
- Les lions, les léopards et les hyènes peuvent tuer des ratels, mais ces derniers ne les évitent pas : une étude au Serengeti les trouve là où vivent les grands carnivores.
- Un lion chasse surtout des proies de 190 à 550 kg : un ratel d'une dizaine de kilos en est très loin, et un adversaire qui se défend peut le blesser.
- Les vidéos montrent des scènes dans les deux sens. L'attaque des testicules et l'immunité totale au venin relèvent de la légende ou de l'exagération.
Qu'est-ce que le ratel ?
Le ratel (Mellivora capensis), aussi appelé ratel du Cap, est un mammifère carnivore de la famille des mustélidés, celle des belettes, des loutres et du glouton. Son nom anglais, honey badger, se traduit par « blaireau à miel », mais ce n'est pas un blaireau : le ratel forme à lui seul un genre et une sous-famille.
Bas sur pattes et trapu, il mesure 55 à 77 cm sans la queue, pour 23 à 28 cm au garrot. Son dos est gris clair, son ventre et ses pattes sont sombres. Un mâle africain pèse en moyenne 9 à 16 kg, une femelle 5 à 10 kg.
| Critère | Ratel |
|---|---|
| Nom scientifique | Mellivora capensis |
| Famille | Mustélidés, comme le glouton et la loutre |
| Poids | Mâle : 9 à 16 kg ; femelle : 5 à 10 kg |
| Où vit-il ? | Afrique subsaharienne, péninsule Arabique, Asie occidentale, sous-continent indien |
| Mode de vie | Solitaire ; la femelle élève seule son petit |
| Statut UICN | Préoccupation mineure (évaluation de 2016) |
| Durée de vie | Inconnue dans la nature ; environ 24 ans signalés en captivité |
Pourquoi le ratel est-il si difficile à attraper ?
Sa défense repose sur quelques atouts. D'abord la peau : épaisse, environ 6 mm autour du cou, et très lâche, ce qui permet au ratel de se tourner et de se tordre à l'intérieur quand un animal le saisit. Les piqûres d'abeilles, les piquants de porc-épic et les morsures la traversent rarement. Ses griffes avant, très longues, servent à creuser mais aussi à se battre, et il peut libérer un liquide malodorant par ses glandes anales.
Ensuite le venin. Une étude de 2015 (Drabeck, Dean et Jansa, dans la revue Toxicon) a montré que le récepteur de l'acétylcholine du ratel, une cible des neurotoxines de serpents comme les cobras, porte des modifications qui limitent la fixation de ces toxines. Cela explique qu'il survive à certaines morsures. L'étude porte sur les neurotoxines des serpents élapidés : elle ne dit pas que le ratel est insensible à tous les venins.
Reste la réputation. Le ratel doit son titre d'« animal le plus intrépide du monde » au Livre Guinness des records, qui l'a mis en avant dans des éditions du début des années 2000. En 2011, une vidéo parodique doublée par un internaute en a fait une vedette d'Internet. Ce portrait flatteur ne dit pas tout : le ratel reste un animal d'une dizaine de kilos, qui a des prédateurs.
Que mange le ratel ?
Le ratel mange presque de tout, avec une forte préférence pour la viande. Son régime est le moins spécialisé des mustélidés après celui du glouton. Il déterre beaucoup de ses proies : insectes et larves, scorpions, lézards, rongeurs, grenouilles, tortues, oiseaux et œufs, mais aussi des baies et des racines. Il s'attaque aussi aux serpents, dont des cobras et de jeunes pythons des rochers, et il a été vu tuant des mambas noirs.

D'après une étude menée dans le parc de Kgalagadi, au cœur du Kalahari, les geckos et les scinques représentaient près de la moitié de ses proies, les gerbilles et les souris environ 40 %. Les ruches l'attirent aussi : il en pille les larves et le miel. On lit souvent que l'oiseau indicateur guide le ratel vers les ruches ; aucune preuve scientifique ne l'établit.
Ratel contre lion : que sait-on vraiment ?
Il n'existe pas de statistiques de duels entre ratels et lions, seulement quelques études d'écologie et beaucoup de vidéos. Voici ce qui est établi.
Un lion peut tuer un ratel
Selon PBS Nature, les lions, les léopards et les hyènes tachetées peuvent tuer des ratels, surtout les plus âgés ou les plus faibles. Le ratel n'est donc pas à l'abri des grands carnivores.
Mais le ratel ne les évite pas
Une étude par pièges photographiques menée au Serengeti (Allen, Peterson et Krofel, 2018) a trouvé les ratels là où vivent les lions et les hyènes : ils ne semblent éviter ces carnivores ni dans l'espace ni dans le temps. L'échantillon est petit, avec une détection de ratel pour environ 3 400 nuits-pièges.
Ce que montrent les vidéos
Dans les réserves d'Afrique australe, des visiteurs ont filmé des scènes dans les deux sens : des ratels qui font reculer une lionne ou des lionceaux, des lions qui poursuivent un ratel hors du champ de la caméra. Des ratels ont aussi été vus chassant des lionceaux loin d'une carcasse. Ces images sont courtes, choisies parce qu'elles sont spectaculaires, et ne disent rien de la fréquence de ces scènes.
Un ratel peut-il tuer un lion ?
À notre connaissance, aucune observation scientifique ne montre un ratel tuant un lion adulte. Face à un félin de 110 à 225 kg, un animal de 5 à 16 kg ne peut pas gagner à la force. Ce qui le sauve, c'est sa défense : la peau lâche, les griffes, la morsure. Le tableau compare les deux animaux.
| Critère | Ratel | Lion |
|---|---|---|
| Poids adulte | 5 à 16 kg | 110 à 145 kg (femelle), 160 à 225 kg (mâle) |
| Proies habituelles | Petits animaux : insectes, rongeurs, lézards, serpents | Grands herbivores : proies préférées de 190 à 550 kg |
| Défense | Peau lâche et épaisse, longues griffes avant, glandes anales | Taille, griffes, canines et vie en troupe |
| Mode de vie | Solitaire | En troupe |
| Statut UICN | Préoccupation mineure | Vulnérable |
Pourquoi un lion évite-t-il souvent le combat ?
Les lions chassent surtout de gros herbivores. Une synthèse de 32 études (Hayward et Kerley, 2005) montre qu'ils préfèrent les proies de 190 à 550 kg, comme le gnou, le zèbre, le buffle ou la girafe, et qu'ils évitent en général celles qui sortent de cette fourchette. Un ratel d'une dizaine de kilos en est très loin : il offre peu de viande.

Il y a aussi le risque. Un adversaire qui se défend peut blesser le lion, et une blessure, même légère, peut gêner un prédateur dans ses chasses. Entre un repas maigre et un risque de blessure, éviter le ratel est souvent le choix le moins coûteux. C'est une explication logique plutôt qu'une règle observée partout, puisque des lions poursuivent parfois des ratels. Pour comprendre comment le lion s'y prend d'habitude, voyez comment le lion chasse.
Le ratel s'attaque-t-il vraiment aux testicules de ses adversaires ?
C'est l'une des légendes les plus répandues sur le ratel : il s'en prendrait aux parties génitales des gros animaux, voire des hommes, pour les mettre hors d'état de nuire. Aucune étude scientifique que nous ayons trouvée ne confirme ce comportement, et les articles de vulgarisation le présentent comme une légende ou un récit non vérifié.
Ce qui est documenté est plus simple : un ratel acculé ou blessé mord et griffe avec force. D'autres croyances circulent, comme celle, rapportée en Somalie, qu'une morsure de ratel rendrait un homme stérile. Elles relèvent des histoires, pas des faits établis.
Le ratel est-il dangereux pour l'homme ?
Le ratel évite en général les gens, mais il se défend s'il est acculé, blessé ou s'il a des petits. Les attaques contre des humains restent rares. Les conflits touchent surtout les éleveurs et les apiculteurs, car il s'en prend aux poulaillers, aux petits élevages et aux ruches. L'empoisonnement et la persécution le menacent localement, par exemple au Niger, au Maroc et en Afrique du Sud.
Une morsure de ratel doit toujours être prise au sérieux : la rage a été signalée chez cet animal, notamment au Kenya, où il est un réservoir important du virus.
Le bon réflexe
En safari, restez dans le véhicule et ne cherchez jamais à approcher ni à nourrir un ratel, même s'il paraît petit. Après toute morsure ou griffure d'un animal sauvage, lavez la plaie à l'eau et au savon, puis consultez un médecin sans attendre.
Ratel ou glouton : lequel est le plus redoutable ?
Le glouton (Gulo gulo) est l'autre mustélidé réputé pour sa hargne. Les deux animaux se ressemblent par leur ténacité, mais ils ne vivent pas sur les mêmes continents : un duel réel est donc impossible dans la nature.
| Critère | Ratel | Glouton |
|---|---|---|
| Nom scientifique | Mellivora capensis | Gulo gulo |
| Poids adulte | 5 à 16 kg | Mâle : 11 à 18 kg ; femelle : 8 à 12 kg |
| Où vit-il ? | Afrique, Asie occidentale et sous-continent indien | Régions boréales et de montagne du Canada, de l'Alaska, du nord de l'Europe et de la Russie |
| Statut UICN | Préoccupation mineure | Préoccupation mineure (au niveau mondial) |
| Particularité | Peau lâche, s'attaque à des serpents venimeux | Plus grand des mustélidés terrestres |
Dans les deux cas, la réputation dépasse un peu les faits mesurés : ce sont des animaux solides pour leur taille, pas des invincibles.
Et les autres duels du lion ?
Le lion a été comparé sur ce blog à d'autres adversaires : le gorille, le tigre et le loup. Pour un adversaire plus inattendu, voyez quel chien peut tuer un lion ; pour les menaces humaines, qui voudrait tuer un lion.
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Questions fréquentes
Quel animal est capable de tuer un lion ?
Un lion adulte a peu d'ennemis naturels. Il peut mourir de combats avec d'autres lions ou de blessures reçues en chassant, par exemple face à un buffle. La principale menace reste l'être humain : selon l'UICN, les lions tués pour protéger des personnes ou du bétail, la perte d'habitat et la raréfaction des proies pèsent le plus sur l'espèce.
Quel est l'animal dont le lion a peur ?
Aucun animal ne fait peur à tous les lions. Un lion évite surtout ceux qui peuvent le blesser gravement, comme un troupeau de buffles ou un éléphant adulte. Les travaux sur son régime montrent qu'il évite en général les proies hors de la fourchette de 190 à 550 kg.
Comment s'appelle le petit du lion ?
Le petit du lion s'appelle le lionceau. La femelle est la lionne, et les lions vivent en groupe, appelé troupe.
Que symbolise le lion ?
Dans de nombreuses cultures, le lion évoque le pouvoir, le courage et la protection, mais le sens varie d'un pays à l'autre. Ce sont des symboles, pas des faits scientifiques.
Combien de temps vit un ratel ?
On ne connaît pas la durée de vie du ratel dans la nature. En captivité, des individus auraient vécu environ 24 ans.
Le ratel vit-il en groupe ?
Non, il est solitaire. D'après une étude publiée en 2005 par Colleen Begg et ses collègues, la femelle n'a en général qu'un petit, après une gestation de 50 à 70 jours au plus, et elle l'élève seule pendant 12 à 16 mois.
Peut-on avoir un ratel comme animal de compagnie ?
Non. C'est un animal sauvage, très fort, qui creuse beaucoup et se défend avec vigueur. La détention d'animaux sauvages est strictement encadrée par la loi. Le ratel s'admire dans la nature ou dans un centre d'accueil spécialisé.
Nos sources
- PBS Nature, « Honey badger »
- Drabeck, Dean et Jansa (2015), Why the honey badger don't care, Toxicon 99
- Allen, Peterson et Krofel (2018), No respect for apex carnivores: distribution and activity patterns of honey badgers in the Serengeti, Mammalian Biology 89
- Hayward et Kerley (2005), Prey preferences of the lion (Panthera leo), Journal of Zoology
- Begg, Begg, du Toit et Mills (2005), Life history parameters of an atypical tropical mustellid, the honey badger Mellivora capensis, Journal of Zoology 265




