Le lion rasta est le lion de Juda, l'emblème de l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier, en qui de nombreux rastafariens voient un roi sacré. Il évoque la royauté, la force, la dignité et la fierté africaine, et on le voit le plus souvent avec les couleurs rouge, or et vert.
Ce symbole se lit sur trois niveaux : un lion biblique, un lion de dynastie éthiopienne, puis un lion de la Jamaïque des années 1930. Cet article les démêle dans l'ordre, avec des dates, et finit par des conseils pour le porter ou le tatouer avec respect. Le sens biblique a son propre article, sur le lion de Juda.
L'essentiel en 30 secondes
- Le lion rasta est le lion de Juda, titre de l'empereur Haïlé Sélassié Ier, couronné le 2 novembre 1930.
- Le mouvement rastafari est né en Jamaïque dans les années 1930 et a fait de ce lion son symbole.
- Rouge, or et vert viennent du drapeau éthiopien ; le noir vient du drapeau du mouvement de Marcus Garvey.
- En 1967, Haïlé Sélassié a dit qu'il était un homme mortel ; les rastas ne pensent pas tous la même chose de lui.
- C'est un symbole religieux pour beaucoup : on le porte en connaissance de cause, sans caricature.
Que signifie le lion rasta ?
Le lion rasta est le « Lion conquérant de la tribu de Juda », un des titres de l'empereur Haïlé Sélassié Ier. Pour de nombreux rastafariens, il est donc l'image de leur roi. Il représente la royauté, la force, la fierté et la souveraineté de l'Afrique, et beaucoup de rastas cherchent à incarner l'esprit du lion. En anglais, on parle de Lion of Judah ou de Rasta lion.
Ce symbole se lit sur trois niveaux qui se superposent.
| Niveau | D'où il vient | Ce qu'il dit |
|---|---|---|
| Biblique | Genèse 49:9 : Jacob bénit son fils Juda et l'appelle « jeune lion » | Juda est la tribu royale d'Israël ; pour les chrétiens, le lion de Juda désigne Jésus (Apocalypse 5:5) |
| Éthiopien | La dynastie des empereurs, qui se disait issue de Salomon et de la reine de Saba (Kebra Nagast, XIIIe siècle) | Le lion figure sur le drapeau impérial, les billets et les timbres jusqu'en 1974 |
| Rastafari | La Jamaïque des années 1930 | Le lion représente Haïlé Sélassié et la résistance à « Babylone », mot qui désigne la société occidentale, le colonialisme et le capitalisme |
Pour les textes bibliques, voyez nos articles sur le lion de Juda et sur le lion et la Bible.
Qui était Haïlé Sélassié Ier, le « Lion conquérant de Juda » ?
Haïlé Sélassié Ier est né Tafari Makonnen et a régné sur l'Éthiopie de 1930 à 1974. Avant son couronnement, il portait le titre de ras : de « ras Tafari » vient le mot « rastafari ». Lors du couronnement du 2 novembre 1930, son titre complet a été proclamé : « Par le Lion conquérant de la tribu de Juda, Sa Majesté Impériale Haïlé Sélassié Ier, roi des rois d'Éthiopie, seigneur des seigneurs, élu de Dieu ». Il revendiquait pour ancêtres Salomon et la reine de Saba.
| Date | Événement |
|---|---|
| 23 juillet 1892 | Naissance de Tafari Makonnen, à Ejersa Goro |
| 1916 | Il devient régent de l'Empire sous le nom de ras Tafari |
| 2 novembre 1930 | Couronnement : il prend le nom de Haïlé Sélassié Ier |
| 1936-1941 | L'Italie occupe l'Éthiopie ; l'empereur vit en exil, notamment à Bath, en Angleterre, et rentre en 1941 |
| 21 avril 1966 | Visite en Jamaïque |
| 12 septembre 1974 | Il est renversé par une junte militaire, le Derg |
| 27 août 1975 | Mort de l'ancien empereur |
Comment le rastafari est-il né en Jamaïque ?
Le mouvement est né dans les années 1930, dans des communautés afro-jamaïcaines pauvres. Il s'appuie sur l'éthiopianisme et sur l'idée du retour en Afrique, défendue par des militants comme le Jamaïcain Marcus Garvey (1887-1940).
On prête à Garvey une prédiction : un roi noir serait couronné en Afrique. Les historiens n'ont pas retrouvé de texte précis qui la confirme, mais beaucoup de Jamaïcains ont lu le couronnement de 1930 comme son accomplissement, et des prédicateurs comme Leonard Howell ont annoncé qu'il réalisait une prophétie biblique. Garvey, lui, a ensuite critiqué l'empereur et pris ses distances avec le mouvement.
Les rastas ont longtemps été mal vus : dans les années 1950 et 1960, la police et les écoles coupaient parfois leurs locks. Le 21 avril 1966, une foule immense, estimée jusqu'à 100 000 personnes, a attendu l'empereur à l'aéroport de Kingston. Les rastas commémorent ce jour comme la « Grounation Day ».
Haïlé Sélassié se disait-il Dieu ?
Non. En 1967, lors d'un entretien avec un journaliste canadien, l'empereur a déclaré avoir rencontré des rastafariens et leur avoir dit qu'il était un homme, mortel, et qu'ils ne devaient pas fonder leur foi sur un être humain. Il est resté membre de l'Église orthodoxe éthiopienne.
Cela n'a pas changé la foi des rastas, qui n'ont pas d'autorité centrale. Pour beaucoup, l'empereur est Jah (Dieu) incarné ou le retour de Jésus ; pour d'autres, il est un messager ou un homme qui vivait l'enseignement de Jésus. On estime à 700 000 à un million le nombre de rastafariens dans le monde.
Que veulent dire le rouge, l'or, le vert et le noir ?
Le drapeau éthiopien porte les bandes vertes, jaunes et rouges depuis octobre 1897, sous l'empereur Menelik II (les sources donnent le 6 ou le 11 octobre). Plusieurs pays africains ont repris ces couleurs à leur indépendance, en hommage à la résistance de l'Éthiopie à l'occupation étrangère : on les appelle les couleurs panafricaines. Le drapeau impérial portait en plus un lion couronné qui tient une croix, et il reste populaire chez les rastas.

Le noir vient d'ailleurs : le drapeau rouge, noir et vert de l'association de Marcus Garvey, adopté le 13 août 1920. Les lectures des couleurs varient d'un courant à l'autre.
| Couleur | Lecture fréquente |
|---|---|
| Rouge | Le sang versé : celui des martyrs pour l'organisme britannique REOnline, celui qu'il faut verser pour la liberté pour le catéchisme de Garvey (1921) |
| Or (jaune) | Les sources divergent : richesse du continent pour les uns, simple reprise des couleurs d'un drapeau pour d'autres |
| Vert | La végétation de la terre d'origine, et l'espoir de vaincre l'oppression |
| Noir | La couleur du peuple africain, selon les textes de Garvey |
Quel est le lien entre le lion et les dreadlocks ?
Beaucoup de rastas comparent leurs locks à la crinière du lion, et aussi à celle de Samson. Ils s'appuient sur le vœu de naziréat, dans le livre des Nombres (6:5), qui interdit de couper ses cheveux : les rastas se disent parfois « nazaréens ». À l'origine, ce choix défiait la société jamaïcaine, qui jugeait ces cheveux désordonnés.

Tous les rastas ne portent pas de locks, et en porter ne fait pas de quelqu'un un rasta. Les locks existent aussi dans d'autres cultures depuis très longtemps.
Quelles chansons de reggae parlent du lion ?
Le reggae a fait connaître le lion rasta dans le monde entier, et Bob Marley (1945-1981) en est la figure la plus célèbre. Voici trois titres connus. Nous ne citons pas de paroles, qui sont protégées par le droit d'auteur.
| Titre | Artiste | Ce que l'on sait |
|---|---|---|
| « Iron Lion Zion » | Bob Marley | Enregistrée en 1973 ou 1974 selon les sources, sortie en 1992 après sa mort ; 5e du classement britannique ; le « lion » y désigne le lion de Juda |
| « Conquering Lion » | Yabby You (Vivian Jackson) | Sortie en single en 1972 ; l'artiste suivait Jésus plutôt qu'Haïlé Sélassié, ce qui lui a valu le surnom de « Jesus Dread » |
| « Jah Live » | Bob Marley | Enregistrée à l'automne 1975, dans les jours qui ont suivi l'annonce de la mort de l'empereur, pour affirmer qu'il n'était pas mort |
Le cas de Yabby You rappelle que le mouvement n'est pas uniforme : même parmi les artistes de reggae, tous ne voyaient pas l'empereur de la même façon.
Peut-on porter ou tatouer un lion rasta sans manquer de respect ?
Oui, à condition de savoir ce qu'il représente. Pour beaucoup de rastas, le lion est un symbole religieux lié à leur roi, pas seulement un motif de mode.
| À faire | À éviter |
|---|---|
| Lire d'abord ce que le lion représente : Haïlé Sélassié, l'Éthiopie, le mouvement | Le détacher de son sens pour un simple effet de mode |
| Choisir un motif sobre : le lion et les couleurs rouge, or et vert | Les clichés : faux dreadlocks, perruques, déguisements |
| Écouter ce que disent les rastas eux-mêmes, qui n'ont pas tous la même lecture | Parler à leur place ou résumer le mouvement à un style |
Le lion rasta est aussi un motif de tatouage. Pour trouver des idées, parcourez la signification du tatouage lion et les 150 tatouages lion de notre sélection.
Le bon réflexe
Pour un tatouage, passez par un tatoueur professionnel, dans un studio propre et aux règles d'hygiène strictes, et suivez ses consignes pendant la cicatrisation. Si vous avez un problème de peau, parlez-en d'abord à un médecin.
Quels objets reprennent le lion rasta ?
On retrouve le lion rasta sur des drapeaux, des tapis, des tableaux et des vêtements. Le drapeau est l'objet le plus proche de la tradition, puisque l'ancien drapeau impérial d'Éthiopie portait le lion de Juda. Notre drapeau rasta lion reprend la tête de lion sur fond noir avec le badge rouge, jaune et vert ; la collection de drapeaux lion en réunit d'autres.
Pour les vêtements, voyez la collection de t-shirts lion et notre top 10 des t-shirts lion. Pour la place du lion dans la peinture et la sculpture, voyez le pouvoir du lion dans l'art.
Notre sélection autour du lion rasta
Drapeau rasta lionDrapeau sur fond noir, tête de lion et badge rouge, jaune et vertVoir le modèle →
Drapeau lion rastaDrapeau lion de profil, couleurs jaune, rouge et verte, pour l'intérieur comme l'extérieurVoir le modèle →
Tapis Lion RastaTapis lion rasta aux couleurs éclatantes, confortable et originalVoir le modèle →
Tableau Lion RastaTableau de décoration lion rasta, pour apporter du raffinement à une chambreVoir le modèle →Notre collection
Drapeaux Lion
Tous nos modèles réunis au même endroit, à découvrir en photos.
Voir la collection →

Questions fréquentes
Que représente le Lion de Juda dans la Bible ?
Dans la Genèse (49:9), Jacob compare son fils Juda à un jeune lion : le lion devient l'emblème de la tribu royale de Juda, dont est issu le roi David. Dans l'Apocalypse (5:5), les chrétiens lisent le « lion de la tribu de Juda » comme une image de Jésus. Notre article sur le lion de Juda détaille ces textes.
Quel est le symbole du rastafarisme ?
Le plus connu est le lion de Juda, souvent accompagné des couleurs rouge, or et vert. On y associe aussi l'Afrique, vue comme une terre promise, et, pour beaucoup, les dreadlocks. Le mouvement n'a pas d'autorité centrale : les symboles et leur lecture varient d'un courant à l'autre.
Le lion est un symbole de quoi ?
Dans la plupart des cultures, le lion symbolise la force, le courage, la royauté et la justice. Selon le contexte, il peut aussi représenter une divinité, une dynastie ou un pays. Notre article sur les symboles du lion en fait le tour.
Que veut dire « Zion » pour les rastas ?
Zion est un idéal, une terre promise que beaucoup identifient à l'Afrique, et en particulier à l'Éthiopie. Certains rastas l'appliquent à la Jamaïque ou à un état d'esprit. Son contraire est « Babylone », mot qui désigne la société occidentale, le colonialisme et le capitalisme.
Est-ce qu'il y a des lions en Afrique ?
Oui. Ils vivent à l'état sauvage surtout en Afrique de l'Est et en Afrique australe, avec des populations plus petites et isolées ailleurs. L'UICN classe le lion « vulnérable » : son évaluation de 2015 estimait le recul des populations à environ 43 % entre 1993 et 2014. En Éthiopie, les populations sont petites, fragiles et mal connues, selon une étude de 2021.
Y a-t-il encore des lions en Algérie ?
Non, plus à l'état sauvage. Le lion de l'Atlas, ou lion de Barbarie, a disparu de la nature en Afrique du Nord au XXe siècle : la dernière observation rapportée en Algérie date de 1956. Notre article sur le lion de l'Atlas fait le point.
Nos sources
- Wikipedia (anglais), « Haile Selassie »
- REOnline (Religious Education Online, Royaume-Uni), Rastafari : « Symbols of faith »
- Wikipedia (anglais), articles « Rastafari », « Lion of Judah », « Flag of Ethiopia » et « Pan-African flag »
- Wikipedia (anglais), articles « Iron Lion Zion », « Jah Live » et « Yabby You »
- CMS, « Review of Lion Conservation Strategies » (citant l'évaluation UICN de Bauer et al., 2015)




